Auteurs : Ana Luísa Moura Rodrigues et Hashir Aazh.
Résumé
Contexte. L’objectif de cette étude était de réaliser une revue systématique de la littérature scientifique portant sur la prévalence des comorbidités psychiatriques chez les personnes présentant une hyperacousie ou une misophonie.
Méthodes. Quatre bases de données ont été consultées : PubMed, PsycINFO, Scopus et Web of Science. La dernière recherche a été effectuée le 16 avril 2024. La qualité méthodologique de chaque étude a été évaluée indépendamment à l’aide de la grille d’évaluation critique du Joanna Briggs Institute (JBI).
Résultats. Cinq études ont été retenues pour l’analyse des comorbidités psychiatriques associées à l’hyperacousie et dix-sept pour celles associées à la misophonie.
Chez les personnes présentant une hyperacousie, la proportion de personnes souffrant de dépression variait de 8 % à 80 %, tandis que celle des personnes présentant un trouble anxieux se situait entre 39 % et 61 %. Ces estimations provenaient d’entretiens diagnostiques et/ou de questionnaires d’autoévaluation.
Pour la misophonie, neuf études fournissaient des données sur différentes formes de troubles de l’humeur et de troubles anxieux. Les prévalences rapportées variaient respectivement de 1,1 % à 37,3 % et de 0,2 % à 69 %.
Conclusions. Bien que les 22 études incluses présentent des différences considérables dans leur conception et leur champ d’investigation, plusieurs tendances récurrentes en matière de comorbidité ont été relevées.
Cependant, les tendances apparentes — notamment la prévalence plus élevée des troubles de l’humeur et des troubles anxieux par rapport à d’autres affections psychiatriques — doivent être interprétées avec prudence. La plupart des études n’ont pas évalué de manière exhaustive l’ensemble des troubles psychiatriques. Les estimations de prévalence sont donc probablement influencées par les troubles spécifiquement recherchés.
Mots-clés : hyperacousie ; misophonie ; sensibilité sonore ; diminution de la tolérance aux sons ; psychopathologie ; comorbidité psychiatrique.
1. Introduction
L’hyperacousie correspond à une intolérance à certains sons de la vie quotidienne, tels que les bruits domestiques ou les bruits présents dans les lieux publics. Ces sons sont perçus comme excessivement forts ou inconfortables et provoquent une détresse importante ainsi qu’une altération du fonctionnement quotidien.
Tyler et ses collaborateurs (2014) ont décrit quatre catégories d’hyperacousie :
- Hyperacousie liée à l’intensité sonore : les sons sont perçus comme excessivement forts.
- Hyperacousie liée à la peur : les sons suscitent une réaction de peur.
- Hyperacousie liée à la douleur : l’exposition sonore provoque une douleur.
- Hyperacousie liée à l’irritation : les sons déclenchent une irritation importante.
Il existe un certain chevauchement entre l’hyperacousie liée à l’irritation et la misophonie.
La misophonie se caractérise par des réactions émotionnelles et comportementales amplifiées face à certains sons présentant un motif ou une signification particulière pour la personne. Ces réactions peuvent inclure une irritation extrême, du dégoût, de la colère et des comportements d’évitement. Les sons déclencheurs peuvent notamment être ceux associés à l’alimentation, aux claquements de lèvres, aux reniflements, à la respiration, aux clics ou aux tapotements.
L’hyperacousie coexiste fréquemment avec les acouphènes. Elle a également été associée à un large éventail de troubles psychiatriques, notamment :
- les troubles anxieux ;
- le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ;
- certains traits de personnalité associés au névrosisme ;
- la dépression ;
- les troubles du spectre de l’autisme.
Plusieurs études suggèrent également que la misophonie peut coexister avec différents troubles psychiatriques, parmi lesquels les troubles de l’humeur, la phobie sociale, certains troubles de la personnalité associés à une agressivité impulsive, le trouble explosif intermittent, le trouble de la personnalité antisociale, le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), le TSPT, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre de l’autisme et les troubles alimentaires.
La coexistence d’un trouble psychiatrique peut modifier la gravité des symptômes et, par conséquent, la prise en charge clinique des personnes concernées.
Bien que les difficultés de santé mentale chez les personnes présentant une hyperacousie ou une misophonie soient connues, la fréquence réelle des troubles psychiatriques associés reste incertaine et a été relativement peu documentée.
Des estimations fiables sont nécessaires pour mieux comprendre ces deux conditions et planifier, mettre en œuvre et évaluer des interventions thérapeutiques adaptées.
L’objectif principal de cette étude est donc d’examiner systématiquement les données scientifiques disponibles sur la prévalence des comorbidités psychiatriques et les facteurs associés chez les personnes présentant une hyperacousie ou une misophonie.
2. Méthodes
2.1. Stratégie de recherche
Cette revue systématique a été menée et rapportée conformément aux recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses). Son protocole a été enregistré dans la base PROSPERO sous le numéro CRD42022347013.
Les recherches ont été réalisées par la première auteure en collaboration avec une bibliothécaire universitaire, dans quatre bases bibliographiques :
- PubMed ;
- PsycINFO ;
- Scopus ;
- Web of Science.
Les recherches ont été limitées aux études portant sur des êtres humains, sans restriction concernant la date, la langue ou le pays d’origine.
La stratégie associait des termes relatifs à l’hyperacousie, à la misophonie et à la sensibilité sonore à des termes relatifs aux symptômes psychiatriques, aux troubles mentaux et à la psychopathologie.
La littérature grise a également été explorée. Les listes bibliographiques des études retenues et les citations disponibles dans Google Scholar ont été examinées pour identifier d’autres travaux pertinents.
La recherche initiale a été effectuée le 7 janvier 2023, puis actualisée le 16 avril 2024.
2.2. Critères d’éligibilité
Les études pouvaient être incluses si elles rapportaient des données sur au moins un trouble psychiatrique associé à l’hyperacousie ou à la misophonie, ou si elles fournissaient suffisamment d’informations épidémiologiques pour estimer sa prévalence.
Les études portant sur des populations mixtes n’étaient retenues que si les données quantitatives relatives aux populations concernées étaient présentées séparément.
Les auteurs ont notamment considéré les études observationnelles transversales, les études longitudinales ou de cohorte, les études cas-témoins et les essais cliniques randomisés.
Les études qualitatives, les revues de littérature, les rapports de cas, les lettres à la rédaction, les éditoriaux et les textes d’opinion ont été exclus.
Le critère de jugement principal était la prévalence des comorbidités psychiatriques, établie au moyen d’évaluations cliniques, de critères diagnostiques validés, de questionnaires standardisés, d’entretiens diagnostiques structurés ou de dossiers médicaux.
Les études reposant uniquement sur des diagnostics déclarés spontanément par les participants ou sur des questions isolées non validées ont été exclues.
2.3. Sélection des études et extraction des données
Les références ont été importées dans le logiciel EndNote, puis les doublons ont été supprimés.
La première auteure a examiné les titres et les résumés. Un second évaluateur a analysé indépendamment un échantillon aléatoire de 25 % des références. Les articles en texte intégral ont ensuite été examinés pour vérifier leur admissibilité.
Les désaccords ont été discutés jusqu’à l’obtention d’un consensus. Les données extraites ont également été vérifiées indépendamment par le second évaluateur.
Une nouvelle recherche systématique a été réalisée en avril 2024 pour intégrer les études récemment publiées.
2.4. Évaluation de la qualité et des biais
La qualité méthodologique a été évaluée à l’aide des grilles du Joanna Briggs Institute adaptées aux études de prévalence, aux études cas-témoins et aux essais cliniques randomisés.
Les critères étaient évalués selon trois catégories : critère satisfait, critère incertain ou critère non satisfait.
Une appréciation globale de la qualité a été attribuée à chaque étude, puis vérifiée par un évaluateur indépendant.
2.5. Synthèse et analyse des données
Les méthodes utilisées pour évaluer l’hyperacousie, la misophonie et les troubles psychiatriques étaient trop hétérogènes, et certaines affections étaient étudiées dans un trop petit nombre de travaux, pour permettre une méta-analyse.
Les données quantitatives ont donc été présentées dans des tableaux et analysées au moyen d’une synthèse narrative.
3. Résultats
3.1. Sélection des études
La recherche initiale a identifié 663 références dans les bases de données, auxquelles se sont ajoutées cinq études issues de la littérature grise, soit 668 références au total.
Après suppression des doublons, 444 références ont été examinées. À l’issue de l’analyse des titres et des résumés, 90 articles ont été sélectionnés pour une lecture intégrale. Parmi ceux-ci, 76 ont été exclus pour différentes raisons.
Quatorze études répondaient aux critères d’inclusion initiaux, représentant quinze ensembles de données. La mise à jour de la recherche en avril 2024 a permis d’intégrer huit études supplémentaires.
Au total, la revue comprend 22 études : 17 portant sur la misophonie et 5 sur l’hyperacousie.
Les travaux ont été menés dans neuf pays et portent sur 6 473 participants, dont 4 699 personnes présentant une hyperacousie et 1 774 présentant une misophonie.
La majorité des études étaient observationnelles et transversales. Trois études portaient sur des interventions thérapeutiques.
Huit études ont été évaluées comme étant de bonne qualité méthodologique et quatorze comme étant de qualité modérée. Les auteurs estiment néanmoins que le risque global de biais est modéré à élevé, notamment parce que les échantillons ne sont pas nécessairement représentatifs de la population générale et que certains travaux reposent sur des questionnaires de dépistage plutôt que sur des entretiens diagnostiques.
3.2. Comorbidités psychiatriques dans l’hyperacousie
3.2.1. Troubles de l’humeur
Quatre études fournissaient des données sur la prévalence de la dépression ou des symptômes dépressifs. Les estimations variaient de 8 % à 80 %.
Les résultats différaient selon les populations étudiées et les méthodes d’évaluation. Une étude utilisait un entretien diagnostique, tandis que trois autres reposaient sur des questionnaires d’autoévaluation.
Les taux élevés issus de certains questionnaires doivent donc être distingués de la prévalence des diagnostics de dépression établis par un professionnel.
3.2.2. Troubles anxieux
Les cinq études portant sur l’hyperacousie rapportaient des données sur les troubles anxieux et les troubles obsessionnels-compulsifs ou apparentés.
La prévalence des troubles anxieux, considérés globalement, variait de 39 % à 61 %.
Les estimations provenaient soit d’entretiens diagnostiques, soit de questionnaires d’autoévaluation. Les auteurs soulignent que ces méthodes ne mesurent pas exactement la même chose.
3.2.3. Autres troubles psychiatriques
Les autres catégories étaient beaucoup moins étudiées.
Dans une étude, 5 % des participants présentant une hyperacousie avaient un trouble lié à l’alcool et 2 % présentaient un trouble alimentaire.
Une autre étude rapportait un trouble somatoforme chez 22 % des personnes étudiées.
Ces résultats sont limités par le faible nombre d’études ayant examiné ces catégories diagnostiques.
3.3. Comorbidités psychiatriques dans la misophonie
3.3.1. Troubles de l’humeur
Quatorze études rapportaient des données sur les troubles de l’humeur. Les prévalences observées variaient de 1,1 % à 37,3 %, selon le trouble considéré et la population étudiée.
Le trouble dépressif majeur était le plus fréquemment évalué. Dix études en rapportaient la prévalence, avec des estimations comprises entre 1,1 % et 18,4 %.
Deux études rapportaient des proportions très différentes concernant les idées suicidaires : 20 % dans l’une et 1,92 % dans l’autre.
Les auteurs estiment que cette différence pourrait être liée aux caractéristiques des échantillons et aux différences dans la fréquence des troubles dépressifs observés.
À l’exception d’une étude utilisant une échelle d’autoévaluation, les études concernées reposaient sur des entretiens diagnostiques.
3.3.2. Troubles anxieux et troubles liés aux traumatismes
Les estimations concernant les troubles anxieux variaient fortement d’une étude à l’autre.
Certaines études rapportaient des prévalences élevées, notamment chez les jeunes présentant une misophonie. D’autres rapportaient des proportions nettement plus faibles.
Les catégories étudiées comprenaient notamment :
- le trouble anxieux généralisé ;
- l’anxiété sociale ;
- le trouble panique ;
- l’agoraphobie ;
- les phobies spécifiques ;
- le trouble de stress post-traumatique ;
- les troubles de l’adaptation.
Les différences observées ne permettent pas de conclure à une prévalence unique applicable à toutes les personnes présentant une misophonie.
3.3.3. Troubles obsessionnels-compulsifs et apparentés
Treize études ont examiné les troubles obsessionnels-compulsifs ou apparentés.
Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) était le plus fréquemment étudié, avec des estimations comprises entre 2,1 % et 39,8 %.
Certains auteurs ont suggéré que la misophonie pourrait être classée dans le spectre des troubles obsessionnels-compulsifs. Toutefois, les résultats de cette revue ne suffisent pas à établir une telle classification.
3.3.4. Troubles alimentaires
Sept études ont examiné la présence de troubles alimentaires associés à la misophonie.
La boulimie était le trouble le plus fréquemment évalué parmi les troubles alimentaires, avec des prévalences comprises entre 1,4 % et 11,9 % dans les études concernées.
L’anorexie présentait les estimations les plus élevées parmi les troubles alimentaires étudiés dans trois travaux, avec des valeurs comprises entre 3,1 % et 14,9 %.
Toutes ces études utilisaient des entretiens diagnostiques.
3.3.5. Troubles liés à l’usage de substances
Cinq études ont évalué les troubles liés à l’usage de substances, notamment l’alcool, le cannabis, la cocaïne et d’autres substances.
La dépendance à l’alcool était le trouble le plus fréquemment rapporté dans cette catégorie. Les prévalences observées variaient de 1 % à 11 %.
Toutes les études concernées reposaient sur des entretiens diagnostiques.
3.3.6. Troubles neurodéveloppementaux
Douze études fournissaient des données sur les troubles neurodéveloppementaux.
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) était le trouble le plus fréquemment étudié, avec des prévalences comprises entre 1,7 % et 21 %.
Une étude rapportait un seuil cliniquement significatif de traits autistiques chez 21,4 % des adultes présentant une misophonie, à partir d’un questionnaire d’autoévaluation. Une autre étude portant sur des enfants rapportait une proportion de 12,5 %.
Ces résultats doivent être interprétés avec prudence : les questionnaires évaluant des traits autistiques ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme.
3.3.7. Troubles de la personnalité
Quatre études ont examiné les troubles de la personnalité chez les personnes présentant une misophonie.
Le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive était évalué dans les quatre études. Les prévalences variaient de 2,4 % à 52,4 %.
Cette amplitude importante souligne l’hétérogénéité des échantillons et des méthodes utilisées. Les auteurs ne présentent pas cette fourchette comme une estimation représentative de la population générale.
3.3.8. Autres troubles psychiatriques
Quatre études fournissaient des données sur l’hypocondrie, avec des prévalences comprises entre 0,9 % et 2,6 %.
Deux études rapportaient des données sur les troubles psychotiques. L’une estimait leur prévalence globale à 1,92 %, tandis qu’une autre rapportait une prévalence de la schizophrénie de 0,2 %.
Toutes ces études reposaient sur des entretiens diagnostiques.
4. Discussion
Cette revue systématique avait pour objectif d’examiner l’ensemble des manifestations psychopathologiques susceptibles d’être associées à l’hyperacousie et à la misophonie.
Selon les auteurs, il s’agit de la première revue à synthétiser systématiquement les données relatives aux comorbidités psychiatriques dans ces deux conditions.
Dans leur ensemble, les résultats suggèrent que l’hyperacousie et la misophonie sont associées à une diversité de troubles psychiatriques plutôt qu’à un trouble unique.
La plupart des études ont été publiées au cours des cinq années précédant la revue, ce qui témoigne d’un intérêt scientifique croissant pour ces questions.
Les travaux ont principalement été réalisés en Europe et aux États-Unis. Ils utilisaient des échantillons recrutés en milieu clinique ou dans la communauté, ainsi que différentes méthodes d’évaluation psychiatrique : entretiens structurés standardisés et questionnaires de dépistage.
La qualité méthodologique était variable. Même parmi les études considérées comme étant de bonne qualité, certaines limites importantes subsistaient dans l’identification des cas.
Par exemple, Smit et ses collaborateurs (2021) ont évalué l’hyperacousie à partir d’une seule question d’autoévaluation, plutôt qu’au moyen d’un questionnaire validé. De même, Guetta et ses collaborateurs (2024) se sont appuyés sur la déclaration des participants pour identifier la misophonie, sans appliquer de critères diagnostiques standardisés ni d’outils d’évaluation structurés.
Ces limites réduisent la fiabilité de certaines estimations et compliquent les comparaisons entre études.
4.1. Dépression : hyperacousie et misophonie
La dépression était le trouble psychiatrique le plus fréquemment évalué dans les études portant sur l’hyperacousie et la misophonie.
Trois des quatre études ayant évalué la dépression dans l’hyperacousie rapportaient des prévalences supérieures à 40 %.
Concernant la misophonie, huit des dix études ayant évalué le trouble dépressif majeur rapportaient des prévalences comprises entre 6 % et 19 %. Les deux autres études rapportaient des taux inférieurs à 5 %.
Une différence méthodologique importante pourrait contribuer à expliquer l’écart entre les estimations relatives à l’hyperacousie et à la misophonie : environ la moitié des études sur l’hyperacousie utilisaient des questionnaires d’autoévaluation, alors que les dix études sur la misophonie rapportant des données sur le trouble dépressif majeur reposaient sur des entretiens cliniques.
Les auteurs estiment néanmoins que l’écart observé pourrait indiquer une présence plus importante de symptômes dépressifs chez les personnes présentant une hyperacousie que chez celles présentant une misophonie.
Ils rapprochent ce constat d’une étude réalisée dans un centre spécialisé britannique, dans laquelle 50 % des personnes présentant une misophonie, contre 100 % des personnes présentant une hyperacousie, obtenaient des scores anormaux au questionnaire PHQ-9, indiquant la présence possible de symptômes dépressifs.
Ces résultats justifient, selon eux, de nouvelles recherches sur les mécanismes associés à la dépression dans les deux conditions, ainsi que sur les facteurs susceptibles d’influencer cette relation.
4.2. Anxiété : une différence possible entre les deux conditions
Les cinq études portant sur l’hyperacousie rapportaient des prévalences supérieures à 40 % pour les troubles anxieux.
En revanche, parmi les quatorze études évaluant l’anxiété chez les personnes présentant une misophonie, trois seulement rapportaient une prévalence supérieure à 40 % pour l’ensemble des troubles anxieux.
Les auteurs estiment donc que l’anxiété pourrait être plus fréquente dans l’hyperacousie que dans la misophonie.
Cette conclusion doit cependant être interprétée avec prudence, compte tenu des différences entre les populations étudiées et les méthodes d’évaluation utilisées.
Le TOC était également fréquemment rapporté dans les études sur la misophonie, avec des prévalences comprises entre 2,1 % et 39,8 %. Certains chercheurs ont proposé de considérer la misophonie comme une condition appartenant au spectre obsessionnel-compulsif, mais cette hypothèse reste distincte des résultats descriptifs de la revue.
4.3. Interprétation générale
Malgré les différences considérables entre les estimations, une tendance se dégage : les troubles de l’humeur et les troubles anxieux semblent être plus fréquemment rapportés que les autres catégories de comorbidités.
Les auteurs indiquent que les taux de dépression et d’anxiété observés dans les populations étudiées sont nettement supérieurs aux estimations de référence de la population générale qu’ils citent.
Ils rappellent également que la pandémie de COVID-19 s’est accompagnée d’une augmentation importante des troubles dépressifs et anxieux à l’échelle mondiale, ce qui souligne le poids général de ces problèmes de santé mentale.
Ces comparaisons ne prouvent toutefois pas que l’hyperacousie ou la misophonie causent ces troubles. La revue ne permet pas de déterminer le sens des relations observées.
5. Perspectives de recherche
Les données disponibles reposent principalement sur des études transversales. Elles ne permettent donc pas de déterminer comment l’hyperacousie, la misophonie et les différentes manifestations psychopathologiques interagissent ni comment elles évoluent au cours du temps.
Les auteurs recommandent plusieurs axes de recherche.
Premièrement, mener des études longitudinales. Des études suivant des groupes de participants suffisamment nombreux et diversifiés permettraient de mieux comprendre les relations temporelles entre ces conditions et les troubles psychiatriques.
Deuxièmement, standardiser les méthodes d’évaluation. L’utilisation de critères diagnostiques et d’outils validés pour évaluer à la fois les troubles psychiatriques, l’hyperacousie et la misophonie améliorerait la fiabilité des résultats et faciliterait les comparaisons entre études.
Troisièmement, mieux caractériser les comorbidités. Les recherches futures devraient examiner un éventail plus large de troubles psychiatriques plutôt que de se limiter aux catégories les plus fréquemment étudiées.
Enfin, même si cette revue fournit les meilleures estimations disponibles selon ses auteurs, les prévalences réelles pourraient être sous-estimées ou surestimées.
Cette incertitude ne diminue pas l’importance du dépistage et de la prise en charge des troubles psychiatriques chez les personnes présentant une hyperacousie ou une misophonie. Les auteurs soulignent que les soins de santé mentale doivent être intégrés à leur prise en charge globale.
6. Limites de l’étude
Les auteurs identifient plusieurs limites susceptibles d’influencer les résultats de la revue.
Hétérogénéité des méthodes
Les études n’utilisaient pas toutes les mêmes méthodes pour diagnostiquer l’hyperacousie, la misophonie et les troubles psychiatriques. Cette hétérogénéité limite les comparaisons directes.
Évaluation incomplète des troubles psychiatriques
Contrairement aux études sur la misophonie, plusieurs études sur l’hyperacousie n’ont pas évalué certaines comorbidités, notamment le TDAH, les troubles du spectre de l’autisme et les troubles de la personnalité.
Il est donc difficile de comparer les deux conditions sur ces dimensions.
Limites des questionnaires de dépistage
Les outils PHQ-9 et DASS-21 ne sont pas des instruments diagnostiques à eux seuls. Ils servent au dépistage de symptômes dépressifs et peuvent aider les professionnels à déterminer si une évaluation complémentaire est nécessaire.
Les questionnaires GAD-7 et autres échelles d’autoévaluation présentent également des limites lorsqu’ils sont utilisés pour estimer la prévalence de troubles diagnostiqués.
Les études reposant uniquement sur ces outils rapportaient généralement des prévalences de dépression et d’anxiété plus élevées que celles utilisant des entretiens cliniques.
Les estimations fondées exclusivement sur des questionnaires de dépistage doivent donc être interprétées avec prudence.
Taille et représentativité des échantillons
La taille des échantillons variait considérablement, allant de 15 participants dans une étude à 775 dans une autre.
Plusieurs études reposaient sur des échantillons de convenance recrutés dans des centres cliniques. Ces populations ne sont pas nécessairement représentatives de toutes les personnes présentant une hyperacousie ou une misophonie.
Enfin, les échantillons étaient souvent composés majoritairement de femmes. Quatre études ne fournissaient pas les données nécessaires sur la répartition par sexe ou genre dans l’échantillon final.
Ces facteurs limitent la généralisation des résultats à l’ensemble de la population.
7. Informations complémentaires et déclarations des auteurs
Contributions des auteurs : analyse des données, rédaction de la version initiale, révision et édition du manuscrit : A. L. M. R. et H. A. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version publiée.
Financement : cette recherche n’a reçu aucun financement externe. L’un des auteurs bénéficiait néanmoins d’un financement de recherche et développement de Hashir International Specialist Clinics & Research Institute for Misophonia, Tinnitus and Hyperacusis Ltd.
Comité d’éthique et consentement : non applicables à cette revue.
Disponibilité des données : aucune nouvelle donnée n’a été créée ni analysée dans le cadre de cette étude ; le partage de données n’est pas applicable.
Remerciements : le projet s’inscrivait dans le mémoire de master de la première auteure en psychiatrie et santé mentale à la faculté de médecine de l’université de Porto. Les auteurs remercient notamment Lia Fernandes, Ana Rita Ferreira, Diogo Rodrigues et Filipa Torres pour leurs contributions respectives.
Conflits d’intérêts : les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Annexe A — Stratégie de recherche
Les auteurs ont utilisé, dans chacune des quatre bases de données, des combinaisons de termes relatifs à l’hyperacousie, à la misophonie, à l’hypersensibilité auditive, à la sensibilité au bruit, à l’intolérance sonore et aux sons déclencheurs, associés à des termes désignant les symptômes psychiatriques, les comorbidités psychiatriques, les troubles mentaux et la psychopathologie.
Les équations de recherche ont été adaptées à la syntaxe propre à PubMed, PsycINFO, Scopus et Web of Science.
Annexe B — Évaluation de la qualité méthodologique
Les auteurs ont utilisé les grilles du Joanna Briggs Institute pour examiner différents critères de qualité, notamment :
- l’adéquation de la méthode d’échantillonnage ;
- la représentativité et la taille de l’échantillon ;
- la description des participants et du contexte ;
- la validité des méthodes d’identification des cas ;
- la fiabilité des mesures ;
- l’adéquation des analyses statistiques ;
- la gestion du taux de réponse.
L’objectif était d’identifier les facteurs susceptibles d’introduire des biais dans les estimations de prévalence.
Références bibliographiques
Les références numérotées [1] à [35] correspondent aux publications citées dans l’article original. Pour conserver leur exactitude bibliographique, il convient de reprendre leurs titres, auteurs, revues et DOI depuis la bibliographie anglaise, sans traduire les titres des publications comme s’il s’agissait de leurs titres officiels en français.
Tu peux consulter la bibliographie originale dans le PDF de l’article.